mardi 6 janvier 2015

[Top 5 : Eruptions volcaniques majeures] Numéro 4...

...4 - Nevado Del Ruiz - 1985



Nevado Del Ruiz
Éruption de 1985
Localisation Colombie
Type d'éruption Explosif
Lave Andésite, Dacite

Échelle VEI (/8) 3
Volume de Magma >0,04 Km3
Volume de Téphras 0,048 Km3

Bilan 21000 - 25000 morts
Cause Lahar

Là encore, il ne s'agit pas d'une éruption d'une intensité colossale, tout juste 3 sur l'échelle VEI. Pourtant, le Nevado Del Ruiz à fait cette année là entre 21000 et 25000 morts ce qui le place en 4ème position des volcans les plus meurtriers de notre histoire.

Penchons nous plus en détail sur le déroulé de cette éruption pour comprendre ce paradoxe. Le Nevado Del Ruiz culmine à 5389 mètres et est recouvert d'une calotte glaciaire. Lors de l'éruption, la neige sous l'intense chaleur fond, d'abord en profondeur, formant une poche d'eau, puis lorsque la pression et la chaleur augmente, la calotte cède et laisse se déverser des tonnes d'eaux qui, se mélangeant à la cendre volcanique, forment des coulées de boues destructrices que rien n’arrêtent : les lahars. Ces lahars ont dévalés les pentes raides du Nevado Del Ruiz et ont détruits les villes d'Armero, Mariquita et Chinchina situées pourtant a plus de 40 km du volcan, faisant plus de 20 000 morts et une perte financière estimée à 7.7 Milliards de $.



> La ville d'Armero au centre, complètement inondé par le lahar de 1985.

Une station d'observation avait été installée quelques mois auparavant (Juillet 85) et les scientifiques avaient soulignés les risques d'une éruption imminente (estimant sa probabilité à 67%). Ils avaient également prédit qu'une telle éruption produirait des lahars destructeurs, même s'ils en avaient sous estimé la vitesse. Malheureusement, lorsque les signes précurseurs d'une éruption se sont faits ressentir, l'évacuation des populations n'a pas été réalisée, pour le bilan que l'on connait.


< Cette carte des risques présentent les zones où risquent de se passer lors d'une éruption :
- Les coulées de lave (lava-flow)
- Les nuées ardentes (pyroclastic-flow)
- Les lahars (Mudflows)
On constate pour ses deux derniers que les zones les plus à risques (High) suivent les reliefs en longeant les vallées des rivières. Les lahars de 1985 suivent ces zones à risques.
On remarque aussi l'importante distance que peut parcourir un lahar, qui explique en partie l'absence d'évacuation des populations en 1985, les autorités estimant le risque minime, le volcan n'étant même pas visible depuis la ville d'Armero. Source : Wright, Thomas L. and Pierson

Cette histoire illustre parfaitement l'intérêt d'étudier les éruptions anciennes pour appliquer leurs mécanismes à des volcans actifs et ainsi modéliser le déroulé de ces éruptions pour en anticiper les risques. De plus, des éruptions de l'intensité explosive du Nevado Del Ruiz (VEI = 3) son fréquentes dans le monde (en moyenne une chaque année), ce volcan est d'ailleurs le second plus actif de Colombie. Il démontre l'importance de surveiller et d'anticiper les éruptions, même d'intensité moyenne et ne pas se limiter aux supers volcans plus médiatiques, qui ont certes un potentiel destructeur bien plus grand, mais dont les éruptions sont bien plus rares (la dernière remonte à -26500 ans).

dimanche 4 janvier 2015

[Top 5 : Eruptions volcaniques majeures] Numéro 5...

... 5 - Eyjafjallajökull - 2010



Eyjafjallajökull
Éruption de 2010
Localisation Sud de l'Islande
Type d'éruption Effusive / Phréato-magmatique
Lave Basalte / Trachy-andésite

Échelle VEI (/8) 4
Volume de Magma 0.08-0.07 Km3
Volume de Téphras 0.14 Km3

Bilan Environ 1.7 milliard $
Cause Nuage de cendres

L'éruption du Eyjafjallajökull à été l'une des plus marquantes de ces dernières années, non pas pour son ampleur inédite, il s'agit d'une éruption relativement modeste, mais par ses conséquences spectaculaires sur notre société, en paralysant le trafic aérien dans l’hémisphère nord.
Le Eyjafjallajökull - signifiant littéralement le glacier (Joküll) des montagnes (Fjall) des îles (Ey) - désigne la calotte glaciaire posée sur le volcan (nommé Eyjafjöll : les montagnes des îles). Mais les islandais préfèrent nommer les volcans par le nom du glacier posé dessus lorsqu'il est présent (comme pour le Snæfellsjökull, porte d'entrée vers le centre de la Terre dans le roman de Jules Verne). Le Eyjafjöll tire son nom de l'archipel des îles Vestman parfaitement visible de son sommet et inversement (quand il fait beau).

> Vu du Eyjafjallajökull depuis l'île d'Heimey, dans l'archipel Vestman.


C'est d'ailleurs dans cet archipel qu'est né en 1963 l'île de Surtsey (= île de Surtr, le géant qui embrasera le monde lors du Ragnarök, dans la mythologie nordique). Mais ceci est un autre sujet...

Revenons au Eyjafjöll. Il s'agit d'un stratovolcan d'une altitude de 1666 mètres situé au sud de l'Islande, dans la région de Suðurland (je vous laisse deviner la signification de ce mot). 

L'éruption de 2010 a connu deux périodes. La première débute le 20 mars 2010 et est de type effusive éjectant une lave fluide (du basalte) en coulée par une fissure ouverte sur le flanc est du volcan, à environ 1000 mètres d'altitude au delà de la limite du glacier. Elle n'aura que peu de conséquences, n'atteignant pas les habitations.

La seconde phase de l'éruption démarre le 13 avril 2010, mais cette fois-ci, la lave sort par le cratère principal, sous le glacier. La chaleur de la lave fait fondre la calotte glaciaire, provoquant une inondation destructrice appelée Jökulhlaup. Une partie de l'eau sera également vaporisée, provoquant une importante augmentation de la pression, donnant un caractère plus explosif à l'éruption. On parle d'éruption phréato-magmatique. De plus, sans doute par mélange avec un magma plus ancien, la nature de la lave change et s'enrichit en silice (56.7 à 58% contre 47.2 % pour la première phase éruptive) pour devenir une trachy-andésite beaucoup plus visqueuse, au caractère, là encore, nettement plus explosif, l'éruption atteignant un indice de 4 sur l'échelle VEI (éruptions considérées comme cataclysmiques, dont la fréquence est d'environ une éruption de cette intensité tous les 10 ans).



> Image de l'éruption du Eyjafjöll

Elle va provoquer la libération d'un panache de cendres, de vapeur d'eau et de gaz volcaniques à une hauteur compris entre 4000 et 11000 mètres d'altitude. Ce nuage d'une ampleur très importante va se propager dans une grande partie de l’hémisphère nord et, composé de matériel solide, il présentera un risque trop important pour laisser les avions le traverser.

Heureusement, se situant près d'une zone relativement inhabitée de l'Islande (pas la grande affluence dans ce pays), il n'y eu aucun mort à déplorer mais quelques dégâts matériels, quelques routes coupées par le Jökulhlaup, dont la route principale, la route 1, qui fait le tour du pays. Par contre, l'immobilisation de nombreux avions pendant six jours à eu un cout estimé à environ 1.7 milliards $, montrant ainsi que l'homme, malgré sa technologie de pointe, restait très sensible au caprice de la Terre.


> Carte de la propagation du nuage de cendre du 14 au 18 Avril.


samedi 3 janvier 2015

[Top 5 : Eruptions volcaniques majeures] Introduction

Cette série d'articles a pour but de vous présenter quelques éruptions majeures qui ont marqué l'histoire humaine. Je ne parlerais donc que d’événements ayant eu lieu pendant l'Holocène (époque géologique de 11700 ans à nos jours).

 
> L'Etna (Italie), l'un des volcans les plus actifs au monde, en éruption avec Catane en contrebas.


Au fil des jours, vous pourrez découvrir le classement ci-dessous :

Top 5 : 

Numéro 5 - Eyjafjallajökull - 2010
Numéro 4 - Nevado Del Ruiz - 1985
Numéro 3 - Vésuve - 79
Numéro 2 - Krakatoa - 1883 - Tambora 1815
Numéro 1 - Laki - 1783

Il ne s'agit pas de faire un classement exhaustif des éruptions les plus puissantes, pour plusieurs raisons. Certaines célèbres et importantes sont d'un point de vue de l'énergie libérée assez faible, mais de par leurs impacts sur nos sociétés et notre histoire méritent leur place dans ce classement. De plus, j'en profiterais pour évoquer différent phénomènes meurtriers liés aux éruptions préférant donc choisir des exemples qui brassent le maximum de ces événements.

Mesure de l'intensité d'une éruption :

Il existe plusieurs manières d'évaluer l'intensité des éruptions.
1 - De la même manière que les séismes et l'échelle de Mercalli, on peut évaluer les dégâts humains et matériaux.
2 - On peut mesurer la quantité de matériaux expulsés hors du volcan :
a - Les coulées de lave, principale manifestation pour les éruptions effusives.
b - Les éjectas ou téphras, projections de fragments de roches plus ou moins grands lors l'éruption d'un volcan (cendre, bombes volcaniques...) pour les éruptions explosives.
3 - On peut également évaluer le volume de magma à l'origine de l'éruption. On normalise ses valeurs selon la densité des projections, on parle de volume DRE (dense rock équivalent).
4 - On utilise aussi l'échelle d'explosivité VEI, qui se basant sur le volume de téphras, la hauteur du nuage de cendre donne un indice d'explosivité à l'éruption (allant de 0 à 8). Bien entendu, cette échelle ne rend pas compte de l'intensité des éruptions effusives.

Vous aurez accès pour chaque exemple choisi à ces 4 données.


 > L'éruption du Mont Saint Helens en 1980, de type explosif.